Deux heures par jour : c’est la limite que posent les recommandations officielles pour le temps d’écran des enfants de 10 ans. Pourtant, la moitié d’entre eux franchit ce seuil sans sourciller, d’après les chiffres de Santé Publique France. Les études se suivent et se ressemblent : trop d’écran, et voilà le sommeil qui s’effiloche, le poids qui grimpe, l’anxiété qui s’invite.
Certains parents avancent que les applications éducatives échappent à la règle. Les spécialistes, eux, rappellent que chaque écran compte, peu importe le motif. Résultat : l’écart se creuse entre la réalité des usages et les repères posés par les autorités.
Le temps d’écran à 10 ans : où en est-on aujourd’hui ?
La relation entre enfants et écrans a changé de visage en quelques années. Santé Publique France le documente avec précision. Selon l’étude ENABEE, menée auprès des 3 à 11 ans, le temps passé devant un écran ne cesse de progresser avec l’âge :
- Chez les 3-5 ans, on relève 1h22 par jour ; à 6-8 ans, on passe à 1h53 ; et pour les 9-11 ans, le compteur grimpe à 2h33.
La plupart des enfants de 10 ans se situent donc bien au-dessus du seuil recommandé.
Les données de la cohorte ELFE montrent la croissance rapide de l’exposition dès le plus jeune âge :
- 56 minutes à 2 ans,
- 1h20 à 3 ans et demi,
- 1h34 à 5 ans et demi.
Téléviseur, tablette, smartphone, ordinateur, console de jeux : tout y passe. Le support n’a plus d’importance, le temps passé devant un écran s’accumule presque mécaniquement.
- 2h33 : durée moyenne pour les 9-11 ans (ENABEE)
- 1h34 : moyenne à 5,5 ans (ELFE)
- Une courbe ascendante, continue, de la maternelle à la préadolescence
Tous les enfants sont concernés, de la maternelle au primaire. On ne se limite plus à la télévision : le numérique s’est imposé dans tous les domaines, jeux, vidéos, échanges scolaires, réseaux sociaux. Impossible de surveiller tout, tout le temps. Cette place grandissante pose un défi inédit aux familles, aux écoles, aux décideurs.
Quels impacts sur la santé physique, mentale et sociale des enfants ?
Dépasser les bornes à 10 ans, ce n’est jamais sans conséquences. Les scientifiques avancent des résultats nets : plus d’écrans, c’est plus de problèmes physiques. Selon une étude récente au Danemark (2025), chaque heure en plus pèse sur le cœur et le métabolisme. On constate une hausse de la sédentarité, une augmentation du poids et une altération du sommeil, bousculé par la fameuse lumière bleue.
- Obésité et troubles métaboliques
- Myopie, fatigue visuelle précoce
- Difficultés d’endormissement et nuits hachées
Fatigue, difficultés à trouver le sommeil, troubles de la concentration : tout converge. Le développement cognitif lui aussi en pâtit. Une recherche de l’Inserm met en lumière une corrélation nette entre l’excès d’écrans, la baisse de la mémoire et le déficit d’attention. Les difficultés scolaires sont alors plus fréquentes, surtout lorsque le sport passe à la trappe.
Du côté psychique, le tableau se charge : anxiété, épisodes dépressifs, agressivité, retrait social. Plus d’écrans, moins d’interactions réelles, et les conséquences ne tardent pas, de l’appauvrissement des relations au repli sur soi. Parfois, des troubles alimentaires apparaissent, une perte de confiance, une tendance à l’isolement. Autant de signaux qui appellent à plus de vigilance, à tous les niveaux.
Recommandations officielles : que disent les experts pour les 10 ans ?
À dix ans, l’usage d’Internet et des écrans atteint une nouvelle dimension. L’Organisation mondiale de la santé fixe une limite stricte : pas plus de deux heures par jour pour les 6 à 12 ans. En France, le schéma “3-6-9-12” popularisé par Serge Tisseron donne des balises chronologiques : aucune exposition avant 3 ans, usage accompagné de 3 à 6 ans, usage contrôlé jusqu’à 9 ans, puis accès progressif et encadré dès 12 ans.
Les sociétés savantes, dont l’Association française de pédiatrie ambulatoire, convergent : le temps devant les écrans, chez l’enfant, doit rester limité, supervisé et discuté. Sabine Duflo rappelle la règle des 4 PAS : pas d’écran le matin, pas pendant les repas, pas dans la chambre, pas avant d’aller dormir. Ces repères, concrets et faciles à appliquer, favorisent le sommeil et protègent les rythmes de l’enfant.
Le rapport d’experts de 2024 au gouvernement va plus loin : prévention, formation, accompagnement parental sont mis au premier plan. Près de trente mesures pour baliser le chemin. L’ANSES tire le signal d’alarme sur l’impact massif d’une exposition prolongée et appelle à un cadrage collectif mieux partagé. Le principe reste clair : instaurer des limites, construire des repères, favoriser le dialogue et proposer l’exemple plutôt que la restriction sèche.
Mettre en place des habitudes saines en famille : conseils pratiques et prévention
Chez les plus jeunes, maîtriser les écrans passe d’abord par des règles familiales précises. Il faut instaurer des durées fixes, discuter des horaires, choisir ensemble les programmes et rester présent au moment de l’utilisation. Impossible de tout filtrer, mais accompagner, dialoguer, ça change tout.
Voici des leviers concrets à mettre en place au quotidien :
- Organisez des moments partagés : regarder un film ensemble, tester un jeu vidéo éducatif et échanger sur ce qui plaît ou dérange. Cette présence parentale change la relation à l’écran.
- Réservez des temps clairement définis sans écran : pendant les repas, le matin, avant le sommeil. Ces petites pauses sont des bulles indispensables pour préserver des rythmes sains.
- Suggérez des alternatives attirantes : sorties sportives, livres, jeux de société, balades en extérieur. Ces activités stimulent la créativité des enfants et renforcent leurs liens sociaux.
L’objectif dépasse le simple contrôle. Il s’agit d’aider l’enfant à devenir acteur de ses usages, à comprendre que l’écran n’est ni une récompense ni un interdit, mais une ressource à apprivoiser et à équilibrer. Rien ne remplace la discussion pour installer une confiance réciproque autour du numérique.
Les parents montrent l’exemple. Ajuster sa propre pratique, aborder sans détour le sujet des réseaux sociaux ou de la sécurité : c’est dans cette transparence et cette cohérence que l’enfant apprend à composer avec l’outil numérique, et pas contre lui. Doser, ajuster, questionner, sans tomber dans la dramatisation : voilà la voie à tracer pour une génération qui grandit, lucide, entre joies de l’écran et goûts de l’échange réel. À dix ans, pourtant déjà si connecté, il reste tant d’univers à découvrir loin du bleu des pixels.


